Les premiers pasEn 1939, ni la marine américaine, ni l'anglaise, ne disposent de navires de débarquement dignes de ce nom. En 1945, elles en possèderont des milliers. Néanmoins, devant la menace japonaise dans le Pacifique et la possibilité d'avoir à opérer dans les îles, l'US Navy transforme en 1938 un vieux destroyer, l'Uss Manley (construit en 1917), en transport rapide. Désigné APD-1, deux de ses quatres cheminées ainsi que deux chaudières sont enlevées afin d'aménager de la place pour les soldats et de petites embarquations (chalands Higgins). 31 autres destroyers identiques au Manley sont également transformés entre 1940 et 1943. En tout, 94 destroyers d'escortes seront ainsi transformés. Cette mesure d'urgence n'est qu'un pis aller car les capacités de transport de troupes et de matériels restent faibles et les moyens de levages puissants manquent. De plus, leur tirant d'eau trop important ne leur permet d'accoster directement sur les plages. L'évacuation de Dunkerque en 1940 et les premières opérations dans le Pacifique démontrent la nécessité urgente de créer de toutes pièces une flotte nombreuse de navires de débarquement spéciaux. Les Britanniques s'associent au projet, soucieux qu'ils sont de pouvoir reprendre un jour pied sur le Vieux-Continent. L'Amiral anglais Mountbatten dirige ces projets dans le cadre de l'Etat-Major des opérations combinées. Néanmoins, aucun des navires de débarquement dont l'entrée en service est prévue pour 1942, n'appartient à une génération spontanée. Ainsi, les LST (Landing Ship Tank) résultent de la transformation de trois pétroliers à fond plat utilisés dans la lagune de Maracaïbo (Vénézuéla). Dotés de portes d'étrave et de rampes pour décharger directement des véhicules sur les plages, ils subissent l'épreuve du feu lors de l'Opération Torch (débarquement Allié en Afrique du Nord en 1942). Tous les LST construits ultérieurement seront dérivés de ces trois prototypes. Les LSD (Landing Ship Dock), conçus pour le transport de chalands dans un radier inondable, sont dérivés des navires-docks de petits tonnages. Les six premiers LSD (désignés APM) déplacent 5'600 tonnes et sont d'anciens mouilleurs de mines transformés. Les 21 LSD suivants sont sensiblement plus longs et larges, mais plus légers : 4'500 tonnes. En fait, ce sont des docks flottants associés à une coque et à des superstructures. Les LSM (Landing Ship Mechanized), LCI (Landing Craft Infantery) et LCT (Landing Craft Tanks) s'inspirent également des car-ferry et des navires-docks, mais sans radier inondable. Quant aux chalands plus petits tels les LCM (Landing Craft Mechanized) et LCP (Landing Craft Personnel), ils sont dérivés des embarcations légères à fond plat utilisés dans la lagune de Maracaïbo et dans le Golfr du Mexique pour la desserte des plate-formes pétrolières off-shore. Déjà, en 1915 lors de l'opération des Dardanelles, les Anglais avaient utilisés des chalands automoteurs à fond plat désignés "X". Ils transportaient 10 tonnes de matériel ou de soldats. La Royal Navy avait également eu l'idée d'installer des passerelles escamotables à l'avant du charbonnier "River Clyde", ce qui permettait de débarquer des troupes directement sur le rivage. Cette idée sera reprise sur les LCI. En 1940-41, la Royal Navy et l'US Navy ne font encore qu'expérimenter des prototypes alors que depuis 1937, la Marine Impériale japonaise emploie des chalands capables de débarquer un char léger et 70 hommes de troupes. Le japonais construiront 4'500 chalands de ce type jusqu'en 1945. Les LST : le plus grand programme de construction de navires du même typeEn 1941, à Argentia, Roosevelt et Churchill adoptent les conclusions de l'Amirauté britannique : un débarquement en Europe est impossible sans navires spéciaux en grand nombre. Les chantiers britanniques étant surchargés, il revient au US Bureau of Ships le choix et la conception des navires de débarquement requis. Une réunion a lieu trois mois après la conférence d'Argentia entre britanniques et américains de laquelle découlent les premières esquisses des futurs LST. De plus, les USA sont sollicités pour construire 200 LST destinés à la Royal Navy dans le cadre du programme Prêt-Bail. Un mois plus tard, les plans sont prêts pour la construction de navires de 100 mètres de long, 15.2 mètres de large et pouvant embarquer 2100 tonnes de matériels divers (véhicules, chars, etc). Le premier modèle réduit de LST est essayé en janvier 1942 au bassin d'essai des carènes David Taylor à Washington DC. Le programme de construction des LST est d'une telle importance que la quille d'un porte-àavion qui devait être posée sur cale dans la forme des chantiers de Newport News cède la place à la quille du premier LST le 10 juin 1942. Les premiers LST sont mis à flot en octobre 1942 et 23 d'entre eux sont en commission fin 1942. Comme la plupart des chantiers côtiers des Etats-Unis sont occupés par la construction des navires de guerre et de commerce, le programme des LST est confiés à des chantiers ou des usines métallurgiques situées sur les bords de grands fleuves ou de grands lacs. Les coques sont assemblées par ces chantiers baptisés "Cornfield Shipyards" ("chantiers navals des champs de maïs") puis remorquées jusqu'à la mer pour être terminées dans les chantiers côtiers. Sur 1051 LST construits sur un total de 1152 commandés (101 commandes seront annulées fin 1942), 670 seront construits par ces chantiers fluviaux. Les délais de construction des LST sont réduits à quatre mois, puis à deux à la fin de la guerre. De son côté, la Grande Bretagne construit une quarantaine de LST et le Canada 26. Les japonais imiteront les LST et en construiront plus d'une centaine. De nombreux LST seront encore transformés pour d'autres usages :
Il s'agit des transformations les plus notables, mais il y en eut bien d'autres. Des LSM, LCT, LCI, LCM, LCA, LCP produits à la chaîneLa même organisation est adoptée pour la construction de toutes les catégories de chalands de débarquements avec les mêmes résultats impressionnants : des milliers de bateaux sortiront de chaînes de montages souvent situées à des centaines de kilomètres à l'intérieur des terres. Les LSM (Landing Ship Medium) sont construits à 558 exemplaires par sept chantiers navals dont quatre fluviaux. Moins longs et plus manoeuvrables que les LST, beaucoup seront transformés en lance-roquettes (LSM Rocket) pour l'appui-feu des troupes débarquées (type I : 85 à 105 lance-roquettes, un canon de 127 mm, deux canons de 40 mm et 4 mortiers; type II : 10 lance roquettes, un canon de 127 mm, quatre canons de 40 mm et quatre mortiers). Les LCI (Landing Craft Infantry) et LCT (Landing Craft Tank) sont des chalands de débarquement lourds à fond plat dont le prototype est construit par le chantier fluvial Manitowoc Company Inc situé au bord de la rivière Manitowoc sur la rive ouest du lac Michigan (Wisconsin, USA) en 1942. 1'464 LCT sont construits en plusieurs versions par de nombreux chantiers, sans compter ceux assemblés en Grande-Bretagne et dans le Commonwealth. 1140 LCI et 131 LCS (Landing Craft Support) sont produits aux USA. Très réussis, les LCI et les LCT se révèlent même capables de traverser l'Atlantique entre les Etats-Unis de l'Angleterre, ce qui n'était pas prévu à l'origine. Beaucoup subissent des transformations : certains sont armés de roquettes, mortiers, canons de 40 et de 20 mm, d'autres servent de bâtiments de commandement (flagships). En 1939, les seuls chalands alors en constructions sont les LCM (Landing Craft Mechanized) dont la Royal Navy possède déjà quelques exemplaires. Ce sont essentiellement des pontons motorisés au plat bord renforcé par un bordé avec une petite cabine de timonerie à l'arrière. Ces LCM type I sont bientôt remplacés par le type II conçu par l'entreprise Higgins de la Nouvelle-Orléans. Il s'agit alors de la métamorphose de remorqueurs de rivières qui peuvent embarquer un char de 30 tonnes. Le LCM type III leur succède bientôt, fabriqueé à plusieurs milliers d'exemplaires de même que les types VI et VIII également fabriqués par Higgins. Les types IV, V et VII sont des variantes assemblées en Grande-Bretagne, comme le type I. Les LCA (Landing Craft Assault), LCP (Landing Craft Personnel), LCV (Landing Craft Vehicle et LCVP (Landing Craft Vehicle-Personnel) pèsent le tiers des LCM. Ils sont produits à des dizaines de milliers d'unités par Higgins surtout et plusieurs chantiers d'Angleterre et du Commonwealth. Ces petits chalands sont transportés par les grands navires de débarquement tels les LST, LSD et sont mis à l'eau à quelques centaines ou milliers de mètres des rivages, emportant les troupes des premières vagues d'assaut. L'emploi opérationnelMalgré leur utilisation intensive sous le feu de l'ennemi et par tous les temps, les pertes en bateaux de débarquement se révèlèrent assez légères. Seulement 38 LST seront détruits (20 en Europe, 18 dans le Pacifique), 9 LSM seront perdus (tous dans le Pacifique) ainsi que 25 LCI. Aucun LSD n'est en revanche coulé. Evidemment, beaucoup plus de LCM et de petits chalands de débarquements (LCA, LCT, etc) qui sont plus légers et qui sont engagés directement sous le feu des défenseurs des plages seront perdus. Tous ces nouveaux bateaux de débarquement spécialisés commencent à être utilisés dans des opérations combinées dès 1942. C'est pendant le débarquement de Sicile (9-13 juillet 1943) que toute la gamme des bateaux est engagée pour la première fois, soit 2'500 bâtiments. A Anzio (janvier 1944), 84 LST, 96 LCI et 50 LCT sont présent. Enfin, lors du Jour J (6 juin 1944), 40'000 navires de tous types participent au Débarquement. Une progression spectaculaire au sein de l'US Navy
Caractéristiques de principaux navires
Abréviations
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